Lettre ouverte suite à l’action d’auto réduction chez Carrefour 1

Contexte Général :

Un bombardement publicitaire nous matraque en permanence, et encore bien plus en période de fêtes. Noel, le jour de l’an, les cadeaux, les orgies, la sacro sainte consommation et ses temples commerciaux, tout le monde connait.

Tout le monde sait aussi que, pendant que la plupart des pays riches pillent, se gavent et se vautrent dans l’ultra consommation et le gaspillage que nous constatons toutes et tous (au moins un tiers de tout ce qui est produit sur Terre est jeté !), des milliards d’êtres humains continuent à vivre dans des conditions misérables, sans nourriture, sans eau potable, sans électricité, sans sanitaires, sans accès aux soins, sans logis, sans rien, ou si peu.

15% de la population mondiale consomme 80% des richesses, quoi de plus normal après tout ?

D’un coté une minorité de toujours plus riches qui arrivent encore à se plaindre et à faire croire qu’ils aident les pays pauvres en les pillant…

De l’autre une immense majorité de pauvres toujours plus pauvres qui, de partout, se soulève, se révolte, manifestent, crie à l’injustice, dénonce les aberrations multiples de cette organisation sociale et, finalement, s’organise pour passer aux actes !

Partout sur Terre, nous devons faire face aux mêmes défis : stopper le massacre du climat et de la planète, sauver notre futur et celui de nos enfants, répartir les richesses et organiser le partage et en bref, construire un monde où enfin la priorité sera le bonheur de toutes et tous, et non celui de la minorité au dépend de la majorité…

Pas sages aux actes !

Parce que nous nous réunissons pour réfléchir à notre implication dans ce monde, nous avons organisé cette action collective d’auto-réduction, rassemblant environ 100 personnes d’horizons très variés. Unis et portant les mêmes revendications, usant de modes d’actions différents et solidaires face à un ennemi commun : la multinationale dévastatrice Carrefour, N°2 mondial de la grande distribution.

Le plan d’action était simple, s’inspirait du passé et d’une autoréduction réussie, déjà chez Carrefour, au Havre, en 2010. Cette année là, 47 personnes bloquaient les caisses pour négocier la gratuité des marchandises pour les redistribuer ensuite. Bilan de cette action : 2200 euros de marchandises offertes par Carrefour avec preuve par facture à l’appui. L’idée générale étant de dire : « Prenons aux riches (Carrefour) pour redistribuer et partager entre pauvres ».

Ce 31 décembre 2013, inspirés par cette action réussie, nous avions donc décidés collectivement (nous n’avons pas de chef et n’en voulons pas !) de passer aux actes…

Et de fêter les 50 ans de Carrefour par la même occasion à notre manière…

Le scénario idéal

Le plan était simple : remplir nos caddies avec ce qu’il faut pour faire la fête, négocier aux caisses la gratuité de tous nos caddies (ou au minimum de quelques uns), ne surtout pas dépasser le cadre de la loi qui permet cette négociation, et même de gouter aux marchandises avant de les acheter, ou avant de se les voir offrir.

Environ 100 personnes, d’accord sur le scénario, osent défier le géant Carrefour…avec parmi elles et eux, en farces et en nombres, pour assurer le désordre, la joie, l’amour, l’humour, la bienveillance et la sérénité, un troupeau de clowns mili-Terre : l’Artnez des Clowns.

Ce qui est arrivé en réalité

Au départ, tout allait bien…

Chanter joyeux anniversaire à Carrefour, remplir nos caddies sans se soucier des prix et pouvoir vraiment choisir en fonction de nos goûts et non de nos moyens(pour une fois !), jouer avec les clowns, annoncer « Tout est gratuit aujourd’hui, Carrefour paye sa tournée pour ses 50 ans youpi !!! », bref, festif, revendicatif, drôle, jouissif… les pauvres attaquent les riches, les robins des bois modernes, David contre Goliath.

Arrivés à environ 15h dans le temple commercial, attendus par des effectifs impressionnants de police et de gendarmerie, nous sommes confiants puisque nous savons que tant que la loi n’est pas dépassé, tout se jouera dans la négociation avec la direction de l’hyper marché.

Seulement voilà…

Nous n’avions pas prévus le refus catégorique et absolu de négociation de la part de cette direction, qui a préféré nous dire « nous sommes prêts à perdre toute notre soirée si il le faut, mais nous ne céderons pas, il n’en est pas question ! »

Le directeur avouera même que « quelques caddies offerts ne représente pas grand-chose comparé aux pertes que provoque la fermeture du magasin» mais qu’il est « prêt à assumer cette non négociation».

Nous savons à ce moment là que le temps passe, et que Carrefour perd du temps, de l’argent, que nous sommes en situation de force et donc nous ne cédons pas à la pression, aux insultes, à l’agacement de certains clients et d’une partie du personnel, à la présence de plus en plus massive et intimidante des robocops de la police derrière les caisses avec en prime des chiens muselés bien menaçant…

La tension monte…

Après que tout le monde ait bien compris que notre intention n’était en aucun cas de passer en force (mais en farces oui !), que le temple commercial ait décidé de fermer ses portes, nous sommes donc pris en otage à l’intérieur, dans une atmosphère de plus en plus pesante, même si les clowns et la joie d’agir ensemble continue d’infuser…

Les violences

Pour tenter de libérer au moins une des caisses, la sécurité du magasin, et surtout la police, tente d’arracher un caddie à certains d’entre nous, qui ne se laisse pas faire… le caddie se renverse, la bousculade dégénère et les premiers coups de matraques pleuvent. Bilan provisoire : un crâne ouvert (6 pointes de sutures et du sang sur le carrelage), un doigt retourné pour un des salarié (désolé cela n’était bien sur pas au programme), quelques bobos supplémentaires et surtout un grand choc de voir tant de violence de la part de « gardiens de la paix », qui décidemment protège Carrefour et les riches bien mieux que nous…

Nous souhaitons présenter nos excuses sincères à toutes les personnes qui ont pu se sentir mal à l’aise durant cette action, avec les blessés si il y en a eu d’autres, nous voulons que tout le monde comprenne et voilà pourquoi cette lettre.

Ensuite, le statu quo dure, dure, dure… jusqu’à ce que nous comprenions que la direction de Carrefour ne céderait définitivement pas.

La sortie et les « Gardiens de la paix » de Carrefour…

Contrairement à ce qui a été dit dans la presse complice (Carrefour la finance avec ses pubs, on ne mord pas la main qui nourrit), nous n’avons pas été évacués, nous avons décidés de sortir et notre demande de sortie groupée n’a pas été entendue, l’exigence de la police (ou celle de Carrefour ?) étant de nous fouiller un à un, de relever les identité, sans doute de procéder à quelques arrestations pour l’exemple, mais pour quel motif ?

Certes nous avons consommer dans les rayons mais nous pouvions encore payer ce qui a été consommé, ce que la direction refuse.

Certes nous avons tenter une négociation originale et collective avec la direction et il est tout à fait légal de négocier et même de gouter, même si personne ne le fait dans ces temples commerciaux, alors que nous le faisons toutes et tous au marché…

Certes certaines et certains d’entre nous ont commencer la fête dans le magasin, illégal ?

Bref, nous finirons par sortir un à un, 12 d’entre nous non.

Différents témoignages suivront sur les pratiques policières, peut être des plaintes pour coups, blessures, intimidations, insultes, tabassages, gazage à bout portant, morsures de chiens, etc.

La « Justice » du peuple, ou de Carrefour ?

Finalement, 3 sur 12 passent en comparution immédiate le jeudi 2 janvier (bonne année !) après avoir passé le nouvel an enfermés… pour « Vol, violence, dégradations en réunion»

Carrefour, par la voix de son avocate, annonce 50000 euros de préjudices pour le cumul de la marchandises dégradée et consommée à l’intérieur, le « préjudice d’image de marque », et le manque à gagner.

Le procureur représentant l’Etat demande 6 mois de prison avec sursis et nous offre en direct une confidence en s’adressant à la juge :  « nous avons tenter de trouver un motif pour qualifier cette action » et ainsi d’avouer entre les lignes qu’il n’y a rien dans la loi pour attaquer cette action d’auto-réduction, qu’il faut pourtant bien punir (et lourdement si possible) pour que surtout, surtout, ça ne recommence pas !

Nos avocats auront beau démonté les accusations de vols (nous ne pouvions ni payer ce que nous avions consommé, ni sortir autrement que fouillé par la police), de violence (le seul blessé du coté des salariés à notre connaissance l’a été au cours d’une bousculade provoquée par la charge de la police et non par nous !)

Dégradations ?

Une pirouette de plus, la justice de notre pays, après les plaidoiries de nos avocats, Se retire pour délibérer et nous offre une « requalification des faits en tentative d’extorsion de fond » !!!

L’auto-réduction, que nous pourrions aussi appeler action de redistribution des richesses (comme le titre d’ailleurs un des journal local), devient donc pas magie une action d’extorsion de fond…

Pourquoi alors juger sur ce motif 3 personnes sur les 100 si ce n’est pour faire un exemple?

Pourquoi condamner à respectivement 4, 5 et 6 mois de prison avec sursis 3 personnes seulement ?

Pourquoi 5000 euros de dommage pour Carrefour ? « 

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